Alors que les feuilles recommençaient à orner les arbres et que la faune reprenait lentement vie, Manu, Céline et Romain se préparaient pour leur concours. Mars touchait à sa fin et l'été s'annonçait chaud et beau. Les trois adolescents avaient prononcés leur v½ux sur leur avenir et les deux garçons regrettaient que Céline aie demandé à partir en ES, eux qui préféraient la section scientifique.
En réalité, des regrets, Romain n'en avait pas. Ou alors, il les cachait profondément. La cause en était la discussion qu'il avait eue avec son amie quelques trois mois auparavant, après les qualifications au concours régional. Il lui avait envoyé ce fameux message, celui où il lui demandait de la voir pour discuter. Un message qu'il n'aurait peut-être pas dû écrire.
-Tu voulais qu'on parle ? Lui demanda-t-elle, sans même le regarder, adosser à l'encadrement de la porte d'entrée de chez elle.
Manifestement, elle lui en voulait toujours pour la journée de la veille. (cf LAL 8)
-Oui. A propos de ce qui s'est passé hier...
-Et bien quoi, Romain !
-Ne m'agresse pas Céline, s'il te plait !
-T'agresser ? Pardonne-moi si tes histoires de cul ne m'intéressent pas !
-Ce n'est pas à toi que je le raconté ! Et ce n'est pas une histoire de cul. Je n'ai pas choisi ce qui m'est arrivé.
-C'est ça ! C'était un viol !
Romain ouvrit la bouche mais ne trouva rien à répondre. Il était piqué au vif.
Elle le regarda pour la première, plongeant son regard perçant dans celui de son ami. Romain tenta de le soutenir, mais il fut contraint de baisser les yeux, bouleversé par le ressentiment qu'il y percevait.
-Céline, pardon. Je ne voulais pas te mettre dans un état pareil. Mais pourquoi ne pas m'avoir dit que ça te m'étais mal à l'aise ?
-Ca ne me met pas mal à l'aise ! Je ne veux pas entendre parler de tes histoires de cul. Et encore moins avec cette... Avec elle !
-Tu es jalouse ?
-Jalouse de quoi ? De qui ? C'est toi qui voulais sortir avec moi, et c'est moi qui ai refusé ! Ne l'oubli pas !
-Tu refuses que je voie quelqu'un ? Tu veux le monopole ? L'exclusivité ? Et bien désolé de te décevoir, mais moi aussi j'ai le droit à une histoire d'amour ! Tu as Arnaud !
Céline détourna le visage et reprit sa respiration dans un hoquet.
-Tu ne comprends rien Romain. Tu es nombriliste, égoïste. Arrête de te prendre pour le centre de tous les intérêts ! On en a tous marre.
-Tous ?
-Arnaud, moi. Et même ton meilleur ami, Manu !
Manu ? Son meilleur ami ? Pensait-il vraiment ça ?
-Tu mens ! Tu as un sale caractère ! Tellement mauvais que tu te sens obligée de me blesser pour te sentir mieux ! Tu es tellement susceptible ! On peut rien te dire !
-Très bien, Romain ! Tu as fini ?
Elle tourna les talons et ouvrit la porte de sa maison. Elle marqua un temps d'arrêt avant d'entrer.
-Et pour ta gouverne, je n'ai plus Arnaud. Il s'en va à la fin de l'année ! Il change de lycée.
Et avant que Romain ne puisse dire quoi que ce soit, elle entra et claqua la porte.
Trois semaines avaient passé depuis cette discussion, et les deux adolescents ne s'étaient toujours pas adressé la parole. Céline en voulait à Romain de ce qu'il avait dit, et lui ne voulait pas renouveler le contact tant qu'elle resterait aussi bornée. C'est pour cette raison que Romain ne semblait pas si bouleversé d'apprendre que Céline se dirigeait vers une 1èreES. Sembler était le verbe approprié car il ne faisait que feindre un quelconque désintéressement face à cette nouvelle, qui l'attristait fortement. Mais il était aussi préoccupé par ce que Céline lui avait dit. Que Manu non plus ne le supportait pas. Au cours des trois dernières semaines, il s'était posé maintes questions, dont aucunes n'avaient de réponses. Il frisait la paranoïa, se demandant à chaque instant si Manu le trouvait chiant, s'il riait vraiment ou s'il feignait d'être amusé. Céline quant à elle, n'avait plus aucun rapport avec Romain, elle essayait au maximum de l'éviter, refusant systématiquement de rester à côté de lui durant les cours. Tant et si bien que la stratégie qu'ils avaient mis au point en cours d'Histoire pour rester côte à côte avec Manu tomba à l'eau. En effet, Céline, refusant de s'asseoir contre Romain, ne pouvait plus se mettre entre les garçons qui furent donc séparés, pour la première fois depuis le début de l'année scolaire. Romain se retrouva donc installé au premier rang, dans le coin gauche de la salle, seul, tandis que Manu et Céline étaient ensemble au fond de la salle et continuaient à rire sans lui...
Il sentit alors naître en lui un sentiment qu'il ne connaissait que trop bien pour l'avoir ressentit plus d'une fois face à Céline. Il se mit à bouillir, à s'énerver. Il troua sa feuille de son crayon à force de passer et repasser sur le même trait inlassablement. Il se dit que s'ils n'avaient pas besoin de lui pour rire, il n'avait pas besoin d'eux non plus. Oui, Romain s'aperçut qu'il était jaloux. Mais jaloux de quoi en fait ? Du fait que ses amis s'amusaient, même sans lui ? Du fait qu'il était seul et qu'eux n'étaient pas séparés ? Du fait qu'ils pouvaient dire tout ce qu'ils voulaient sur Romain, sans qu'il ne le sache ? Tout ça en même temps en réalité. Et il enrageait, voulant savoir ce qu'il pouvait bien dire sur lui. Car il savait que Manu et Céline parlaient de lui. Il le savait. Et il avait raison...
-Céline, fit Manu d'un ton grave. Qu'est-ce qui se passe entre vous ?
-Quoi ?
-Ne fais pas l'innocente, tu sais très bien de quoi je veux parler. Qu'est-ce qu'il se passe entre Romain et toi ? Vous vous êtes pris la tête ?
-En quelques sortes...
-Mais c'est pas possible, c'est une manie ici de ne pas parler à se amis ? J'ai posé la même question à Romain, il m'a dit que tout aller bien. Et toi tu me réponds « en quelques sortes ». Ne me dis pas qu'il n'y a rien... Ca fait presque un mois que vous vous parlez plus. Et autant de temps que Romain agit bizarrement avec moi. On dirait qu'il est soupçonneux. Alors vos histoires, ça commence à me gonfler. Il se passe quoi ?
-Très bien, je vais t'expliquer. Tu te souviens de la fois où il est venu et nous a raconté sa journée avec Alicia ?
-Oui, le jour où elle a essayé de coucher avec...
-Je n'ai vraiment pas bien réagi, et il a voulu qu'on parle. On s'est vu, et je l'ai envoyé chié. Et je lui ai dit des saloperies...
-Du genre ?
-Je suis désolée, Manu. Je n'aurais pas dû...
-Tu lui as dit quoi ?
-Je lui ai dit que... Tu ne le supportais plus, que tu en avais marre de son attitude nombriliste, au même titre qu'Arnaud et moi...
-Son attitude nombriliste ? Mais laquelle ? Tu le trouve égoïste, toi ?
-Non ! Je voulais juste le blesser. Après ce qu'il m'avait dit, je voulais lui faire mal !
-Il t'a dit quoi ?
-Rien de méchant, c'est ça le pire... Il m'a juste envoyé quelques vérités bien placées.
-Du genre le fait que tu sois jalouse de lui et Alicia ?
-Il y a de ça. Je sais, j'ai Arnaud, mais... Je crois que... Entre Romain et moi, il y a toujours eu plus que de la simple amitié. J'ai connu Romain bien avant Arnaud, et depuis toujours, je n'attendais qu'une chose, c'est qu'il me demande de sortir avec lui...
-Mais il ne l'a pas fait quand vous étiez en quatrième ?
-Si ! Mais j'ai dit non.
-Pourquoi ?
-Pour plusieurs raisons. A cette époque, j'en avais marre d'attendre qu'il fasse le premier pas et j'avais des vues sur Arnaud, qui était là depuis un an. Mais surtout parce que je ne voulais figurer moi aussi sur son tableau de chasse minable. Je ne voulais pas n'être qu'une conquête parmi les autres.
-Oui, je te comprends.
-Mais crois-moi, Manu, aujourd'hui je m'en mords les doigts.
-Tu n'es pas heureuse dans ton couple ?
-Si ! Bien sur que si... Mais, c'est beaucoup plus compliqué que ça ! Je ne dois pas en parler. J'ai déjà gaffé avec Romain. Je sais quelque chose que je ne suis pas censée répéter.
-Alors je ne t'en demanderais pas plus.
-Merci, Manu. Tu es tellement compréhensif... C'est agréable de te parler.
Manu se sentit rougir.
-Mais il y a quand même quelque chose qui me turlupine... Reprit-il. Tu lui as dit que je ne le supportais plus. Je comprends mieux maintenant pourquoi il était méfiant avec moi. C'est pas très cool de ta part ça.
-Je suis désolée, Manu. Je sais que je n'aurais pas dû te mêler à cette histoire. Je ne sais pas à quoi je pensais.
-Il va falloir que ça cesse cette histoire. Tu iras lui parler, je pense que tu as eu le temps de te calmer en un mois. Et il faut le rassurer sur tout ça...
-Je suis désolée. Mais c'est à cause de cette Alicia. Depuis qu'il est sortit avec, je me sens mal à l'aise en sa compagnie.
-Pourquoi ne pas le lui dire ? Romain devrait savoir ce que tu ressens. Et parle à Alicia, fait sa connaissance. Tu apprendras peut-être à mieux l'apprécier. Tu ne crois pas ?
-Je vous dérange ? Fit le professeur d'Histoire, juste derrière eux.
-Non madame !
-Alors cessez vos bavardage, je n'ai pas écarté monsieur Ducarbai pour que vous distrayiez mademoiselle Thiébaud à la place.
Elle s'éloigna et repris son cours.
-Merci, souffla Céline.
-Surtout que le concours aura lieu dans peu de temps, et on peut pas former une encyclopédie si deux des trois volumes ne s'entendent pas.
Céline ria doucement et porta son regard vers Romain, qui venait de trouer une feuille avec son stylo. Elle décida ensuite d'avoir une discussion avec Alicia pour mettre tous ces problèmes à plats.
Le cours se finit dans la cohue habituelle des élèves qui quittaient la salle. Romain rangea ses affaires pêle-mêle dans son sac et sortit en trombe. Manu et Céline ne purent le rattraper. Il se rendit aux vestiaires de la salle de sports où les attendait un cours d'EPS. Et au vu de la fin d'année qui s'annonçait, les professeurs avaient décidé de faire leurs cours en commun. Ainsi, Romain, Céline et Manu se retrouvaient pendant deux heures avec Arnaud, Jessica et Alicia. Les activités commencèrent en peu de temps, et Romain choisit délibérément un groupe où aucun de ses amis n'était. Il se retrouva donc à jouer au basket face à l'homme qu'il aimait le moins sur cette Terre : Alexis. Tous les autres, quant à eux, firent en sorte d'être ensemble. Et c'est ce moment que Céline choisit pour parler à Alicia, tandis que de son côté, Romain affrontait Alexis dans un match tendu où toute leur haine éclatait.
-Alicia. Je crois qu'il est grand temps qu'on parle toutes les deux, fit Céline en s'approchant de son interlocutrice.
Elles s'installèrent le long du terrain de foot où les garçons jouaient leur match, Arnaud et Manu dans la même équipe. Jessica se dirigea vers les terrains de tennis lorsqu'elle s'aperçut que la situation était susceptible de dégénérer.
-Céline ? Qu'est-ce que tu veux ?
Cette question eut pour effet d'installer un froid entre les deux jeunes femmes.
-Tu pourrais au moins répondre gentiment...
-Pourquoi ?
-Laisse tomber. Je suis venue te parler de Romain.
-Ah, tiens ! Tu te décides !
-Et ça veut dire quoi ça ?
-Et bien, j'ai eu vent de ta petite crise que tu as fait à Romain.
-Ma crise ?
-Oui. Tu sais bien, ta crise de jalousie. Quand tu as su que lui et moi étions plus proches que tu ne l'as jamais été avec lui.
La gifle de Céline partie plus vite qu'elle ne le voulu.
-Tu peux toujours me frapper, mais ça ne changera rien aux faits.
-Je voulais justement régler cette histoire. Je voulais que tout ça se termine. Depuis que tu es entrée dans nos vies, c'est la merde !
-Naturellement, de toi point de vue, tout est de ma faute... Ma pauvre Céline...
Céline ne sut quoi répondre.
-Alors maintenant tu as le choix... Soit tu restes dans ta connerie et tu perds ton meilleur ami, soit tu vas le voir et t'excuses de ton comportement. Ca fait trois semaines que tu lui fais mener un enfer.
Céline ouvrit les yeux sur la vérité. C'était la deuxième personne qui lui disait la même chose. Elle baissa la tête, véritablement blessée.
-Excuse-moi, Alicia. Je me suis emportée. Au début je suis venu te voir pour faire connaissance, pour mettre tout à plat, pour mettre un terme à nos problèmes. Mais tu m'as ouvert les yeux, tu m'as mis face à la vérité et je n'ai pas supporté. Pardon, Alicia.
-J'en ai vu d'autres va, t'inquiètes pas...
Puis Alicia fit signe à Céline de filer vers le terrain de basket où la tension était montée encore d'un cran.
Romain dribblait en direction du panier et évita un adversaire. Arrivé à la limite de la zone des trois points, il sauta et feinta le tir pour passer à un équipier qui sautait lui aussi. Mais à peine Romain eut-il lâché le ballon qu'il sentit un choc le long de ses reins. C'était Alexis qui venait de sauter à son tour et le poussait. Romain tomba au sol, jetant un regard assassin à son adversaire. Pour couronner le tout, son équipier avait raté de peu le panier. Mais il ne lui en voulait pas, ils n'étaient pas des joueurs de NBA. Le ballon revint aux adversaires et notamment à Alexis, marqué de près par Romain. Celui-ci prit un malin plaisir à asséner un coup sous les côtes du porteur du ballon, ce qui eut pour effet de coupé le souffle à ce dernier. Alexis en profita pour s'écrouler au sol, et la faute fut siffler par l'arbitre. Mais une fois que ce dernier eut le dos tourné, Alexis se leva et bourra Romain dans le dos, lui faisant perdre l'équilibre. Romain se retourna et attrapa Alexis par la taille, le soulevant pour l'envoyer crouler au sol. Il se jeta dessus, le rouant de coups de poing et visant principalement le ventre pour ne laisser qu'un minimum de traces. Céline accourut vers le terrain, s'apprêtant à calmer son ami, mais l'écouterait-il seulement... Elle arriva trop tard, déjà le professeur, M. Duranteau attrapait Romain par le col pour le retirer du combat.
-Cela suffit, jeunes gens. Vous ne voudriez quand même pas vous faire coller ? Alors maintenant séparez-vous. Monsieur Ducarbai, allez voir votre camarade au foot, et vous Monsieur Crennais, dirigez-vous vers le tennis.
Céline accompagna Romain jusqu'au terrain de foot qu'ils n'atteignirent jamais.
-Je suis désolée, Romain. J'ai eu un comportement ridicule.
-Céline. Ne te tracasse pas, je sais très bien que vous n'avez pas besoin de moi Manu et toi ! Je vous ai vu en Histoire tout à l'heure. Et tu l'as dit toi-même, Manu ne me supporte pas.
Céline sentit les larmes lui piquer les yeux.
-Non, Romain. Laisse-moi t'expliquer. Tout ça c'était faux. Manu t'adore au contraire. J'ai dit ça parce que j'étais blessée, et que je voulais te faire souffrir. En Histoire, on a parlé de toi. Je lui ai tout raconté. Et je te dois des explications. Oui j'ai souffert de ce qu'il s'est passé avec Alicia. Car oui, j'étais jalouse. Jalouse que tu ne sois plus proche d'elle que de moi. Parce que, Romain, je veux que tu sache que je regrette de t'avoir dit non le jour où tu m'as demandé de sortir avec toi.
Romain hésita quelques secondes, mais décida de faire comme si cette dernière phrase n'avait pas été prononcée.
-Et Arnaud ?
-Quoi ?
-Il part vraiment ?
-Oui, mais personne ne doit être mis au courant. Il m'a demandé de ne surtout pas le répéter.
-Je n'en ai parlé à personne ne t'inquiète pas.
-Merci.
Elle le regarda droit dans les yeux, attendant un mot, un geste de sa part. Mais rien ne vint. Alors elle fit demi-tour et se prépara à partir autre part. Romain la rattrapa par le bras et la ramena contre lui. Il la serra dans ses bras et lui chuchota à l'oreille
-Je te pardonne, ma Céline.
Elle sourit et enfonça un peu plus sa tête dans son épaule.
Le grand jour était arrivé : le concours de culture générale.
Romain, Céline et Manu se rendirent dans le chef-lieu de leur académie, à savoir Besançon, lieu où le concours devait se dérouler en présences de toutes les équipes représentantes de chaque lycée. Toute une journée de cours supprimée pour les bienfaits du concours. De plus ils loupaient un jeudi, avec deux heures de maths, une heure de SVT et une heure de chimie, quel bonheur pour Céline.
Une salle avait été aménagée pour l'occasion dans les locaux du rectorat. Romain ignorait qu'il y avait autant de lycée dans l'académie, et se demandait si tous ces élèves allaient pouvoir tenir dans la salle. Mais en effet, une fois entré, il vit un amphithéâtre immense, où chaque équipe avait sa place prédéfinie. Après de longues minutes d'installation durant lesquelles chaque élève rechercha son nom et ceux de ses équipiers, un homme grand et dont le visage instaurait le respect, demanda le silence. Et aussitôt le brouhaha général cessa.
-Merci. Je me présente, Monsieur Duffieux, recteur de l'académie de Besançon. Si vous êtes tous ici aujourd'hui, réunis dans cette salle, c'est que vous avez brillamment réussit l'épreuve qualificative de ce concours. Vous savez donc ce que vous avez à faire aujourd'hui. Je vais tout de même vous rappelé les gains, mais surtout vous expliquer le déroulement de l'épreuve.
Tout d'abords, l'équipe gagnante se verra attribuer une bourse, délivrée par le rectorat de l'académie, à chacun de ces trois participants, valable pour l'année prochaine complète. Cette équipe bénéficiera aussi d'une place pour participer au concours national et ainsi représenter son académie. Bien, maintenant passons au plus important. Le déroulement de l'épreuve.
Le recteur s'arrêta quelques instants, comme pour laisser aux élèves le temps de bien comprendre ce qu'il venait de dire. Puis, il se remit à parler, un peu plus lentement cette fois.
-Je vais vous poser des questions sur n'importe quel sujet. Je veux dire que ce ne sera pas forcément des sujets traités en cours. Vous aurez une minute pour inscrire la réponse sur un morceau de papier. Mes assistants passeront dans les rangs récupérer cette feuille et y lire ce que vous y avez écrit. Une réponse juste, vous rester. Si la réponse est fausse, ou que vous dépassez les temps impartit, vous êtes éliminés. Bien entendu, les questions seront de plus en plus difficiles. Je ne peux pas faire plus simple comme explication.
Il dit cette dernière phrase avec un sourire, espérant détendre l'atmosphère qui s'était fortement refroidit.
-Si vous avez comprit, il est inutile de vous faire attendre plus longtemps. Nous allons donc commencer. Première question, Histoire de France : Qui gouverna le Premier Empire.
La réponse était évidente, Napoléon Bonaparte bien entendu. Céline écrivit sur le papier et le tendit à l'assistant du recteur qui le lu et fit signe oui de la tête. Ils restaient pour la question suivante. Comme toutes les autres équipes en lices, aucune ne s'était trompé.
Les questions s'enchaînèrent ainsi, dans un rythme fou, éliminant au fur et à mesure les équipes qui commettaient des erreurs. Très peu au début, puis de plus en plus nombreuses au fil de la matinée. Tant et si bien qu'à l'heure du déjeuner, il ne rester que la moitié des participants. Romain, Céline et Manu s'en sortaient bien jusqu'à présents, n'ayant hésité que sur deux questions. Mais la compétition devenait plus dure et ils savaient que la suite ne serait pas de tout repos.
Et c'est dans le même climat qu'auparavant que le concours reprit après un repas léger. La tension était encore plus élevée et on pouvait sentir le stress monter à chaque question. Romain, Céline et Manu n'avaient aucuns soucis dans leur domaine de prédilection comme le cinéma, l'Histoire ou le sport, mais se posaient beaucoup de questions lorsque ça touchait à un problème politique ou d'actualité. Mais ils continuèrent tout de même à donner les bonnes réponses et ainsi s'assurer de rester encore. Et de fil en aiguille, l'équipe de Romain, Manu et Céline se retrouva, en milieu d'après midi, seule contre trois autres équipes. La tension était à son comble. Plus que quatre équipes en lice. Les perdants les regardaient avec attention, attendant de voir qui allait craquer sous le poids de la pression.
La question suivante, portant sur la littérature, vit une équipe se faire éliminer.
La mythologie fut s'effondrer encore une autre équipe.
Il ne restait à présent que deux équipe en lice, dont Romain, Manu et Céline.
Ainsi la question portant sur le sport ne changea rien. Pas plus que celle de géographie, ni de langue.
Tout se joua sur une question portant sur le Cinéma : En quelle année fut projeté le premier long métrage de l'histoire du cinéma.
-C'est évident ! 1906 en Australie, long métrage de Charles Tait intitulé The Story of the Kelly Gang.
-Tu en ais sur ?
-Absolument. Ecris ça, 1906 !
Céline écrivit et donna le papier à l'assistant.
Il déplia le papier.
Il lu ce qui y était écrit.
Il leva la tête vers le recteur.
Romain fut soudainement parcouru d'un doute.
Mais l'assistant fit signe que c'était la bonne réponse.
Romain, Céline et Manu venait de remporter le concours.
L'autre équipe avait répondu L'arroseur Arrosé, ce qui était certes le premier film diffusé, mais pas le premier long métrage.
La suite de l'après midi se déroula comme dans un rêve. Le recteur les félicita, vint leur serrer la main. Chaque participant reçu un diplôme de participation et les équipes éliminées eurent droit à des lots de consolation. Les trois gagnants furent assurés d'avoir leur bourse pour leur année de première et furent inscrit pour le concours national se déroulant un an plus tard.
Romain fut incapable de replacer tous les éléments dans l'ordre, tellement l'euphorie l'avait emporté.
Il ne vit pas passer le trajet du retour à son lycée.
Il avait hâte de raconter tout cela à ses parents.
Le lendemain, une banderole était accrochée dans le hall du lycée, félicitant les trois élèves qui avaient su représenter avec brio leur établissement.
Une seule personne ne participait pas à la joie générale.
-Vous vous attendez peut-être à des félicitations ? Fit Alexis lorsqu'il les vit. Vous avez peut-être eu de la chance hier, mais pour moi, vous restez des tocards.
Et il s'éloigna, suivit, comme à son habitude, de ses deux amis.
-C'est rien, dit Manu. Il est tout simplement jaloux.
Arnaud passa vers eux et les félicita à son tour, prenant soin d'embrasser sa petite amie.
Puis ce fut le défilé avec Jessica, Alicia et tous ceux de leur classe.
La journée se passa ainsi, sous les félicitations de chacun de leur professeur.
A tel point que Romain fut soulagé à 13h, alors que la dernière heure de cours de la journée sonnait pour les 2nde 6.
Romain, Céline et Manu se dirigèrent au self pour manger. Toute une troupe d'élèves voulait passer le repas avec eux. Romain ignorait qu'ils avaient tant d'amis... Bien entendu, tous voulaient avoir le compte rendu du concours, connaître les questions. Et quand les trois gagnants les répétaient, pratiquement comme on récite une leçon, ils n'entendaient que des « c'est facile » ou encore « j'aurais trouvé la réponse aussi ».
La célébrité ne dure qu'un temps, pensa Manu.
-Bientôt nous n'existerons plus à leurs yeux... chuchota-t-il à ses amis.
Ils réussirent à se soustraire à leur public après le repas, et allèrent se poser tranquillement sur les tables, dans le hall du lycée. Romain regarda autour de lui et vit sur une table une feuille pliée, remplie d'écriture. Il avait déjà vu des feuilles posées comme cela auparavant. Lorsqu'il était au collège, quelqu'un laissé des feuilles sur les tables d'études. Mais il était impossible que ce soit la même personne. A tout hasard, il récupéra la feuille et la mit dans son sac.
Il dîna rapidement avec ses parents le soir. Sans vraiment parler.
-Ca change d'hier... Tu étais tout fou hier.
-Oui, je sais...
-Tu es préoccupé ?
-Non ! Non, non. Je suis encore un peu sous le coup de la journée. Tout le monde nous félicitait ce matin. Mais plus la matinée passait, plus je ressentais que les autres s'en foutaient. Ils ne s'intéressaient plus à nous.
-Oui, c'est difficile de passer du statut de héro au statut de simple lycéen.
-Non, c'est pas ça. C'est juste que je me suis aperçu que c'est facile de faire comme si on appréciait quelqu'un, juste pour son besoin personnel.
-Tu en verras toute ta vie de ça. C'est la nature humaine.
Romain ne renchérit pas sur le sujet et fini son assiette afin de pouvoir quitter la table.
Une fois dans sa chambre, il sortit de son sac le papier qu'il avait trouvé au lycée. Il le déplia et lu la première ligne. Un titre. Ne criez pas au feu. Une histoire. Elle était signée Fox.
Romain n'en crut pas ses yeux. Une histoire. Posée sur une table. Signée du pseudonyme Fox. Se pouvait-il qu'il soit revenu ?
FIN
2008
A suivre...