Le conseil de discipline
La fatigue des vacances et l'excitation du concours approchant avaient laissé place à de la peur au creux de l'estomac de Céline, Romain et Manu. Loin des réjouissances des fêtes, ils devaient à présent affronter le conseil de discipline promis par Radou.
-Messieurs Chapy et Ducarbai, ainsi que Mademoiselle Thiébaud, vous viendrez me voir à la fin de l'heure, s'il vous plait. Avait demandé Ladrat le lundi en début de cours.
Et ce n'est pas sans crainte qu'ils se dirigèrent vers son bureau à l'heure dite.
-Jeunes gens, j'ai une désagréable nouvelle.
Romain déglutit avec peine.
-J'ai votre convocation pour le conseil de discipline. Vous savez ce que cela veut dire ? Bien. Vous avez rendez-vous ce samedi à 9h30.
-Ce samedi ? Fit Romain étonné. Déjà ?
-Je sais que je vous préviens un peu tard, mais ce n'est pas moi qui fixe les dates. Je suis désolée.
-Et comment cela se passera-t-il ? Demanda Manu, très calme.
-Seront présents les accusés, vous, l'accusateur, M. Radou, et vos juges, à savoir le recteur de l'académie, le proviseur et moi-même, votre professeur principal. Vos parents seront aussi là, ainsi que des témoins, mais face à un professeur je doute que la présence de témoins élèves change quelque chose. Vous passerez devant nous, qui écouterons votre version et celle de votre professeur. Un jugement sera donné, et je suis désolée, mais je ne pourrais pas balancer en votre faveur, je me dois d'être impartiale. Mais je ferais mon possible pour que le jugement n'entache pas votre dossier scolaire.
C'est ainsi que le samedi arriva, aussi rapidement qu'effrayant, apportant le désespoir et l'appréhension aux trois comparses. Ils s'étaient surpris à espérer que les charges seraient supprimées avec le renvoi de leur professeur, mais il n'en été rien et ce dernier s'en trouvait même renforcé.
Ils se retrouvèrent devant le lycée, en présence de leur parents qu'ils emmenèrent jusqu'à la salle de réunion, au sous-sol, là où devait se tenir le conseil.
Ils entrèrent dans la salle. M. Tookey, le proviseur, était installé à la droite d'un homme barbue à l'air sévère, le recteur. A la gauche de celui-ci se trouvait Ladrat qui leur fit un léger signe de tête. Radou était présent lui aussi et à ses côtés un élèves que Romain, Céline et Manu ne connaissaient que trop bien, Alexis. Celui-ci se retourna vers eux, un rictus déformant son visage, convaincu de sa victoire.
-Bonjour mesdames, messieurs. Veuillez vous assoir, tout le monde étant présent, nous allons commencer, dit le recteur. Monsieur Radou, votre accusation, s'il vous plait.
-Bonjour, Monsieur le Recteur, madame Ladrat, monsieur Tookey. Tout à commencer lors d'un cours que je dispensais. M. Ducarbai, ici présent, est entré en trombe dans la salle, visiblement énervé. Le plus calmement possible, son camarade que voici, Alexis Crenais, lui a demandé ce qu'il lui arrivait. M. Ducarbai s'est alors jeté sur lui, lui envoyant des insanités aux oreilles. Je me suis interposé, demandant au jeune turbulent de bien vouloir calmer ses nerfs hors de l'enceinte de l'établissement. Il s'est alors retourné vers moi, proférant des menaces à mon encontre, assurant qu'il trouverait le moyen de me faire renvoyer.
-Mensonges ! Hurla Romain.
-Voyez, Monsieur le Recteur, comme cet adolescent ne peut contenir sa colère.
-Du calme, s'il vous plait, intima le recteur.
-Monsieur Radou, quelqu'un peut-il corroborer votre version ? Demanda Ladrat.
-Absolument, M. Crenais, ici présent.
-Je vois... Fit le recteur, pensif. Ensuite ?
-M. Chapy et Mlle Thiébaud n'ont pu que retenir le fauve avant qu'il ne m'agresse physiquement.
Romain, de son côté, n'avait de cesse de secouer la tête de gauche à droite et signe de négation.
-Et bien, dans ce cas je ne comprends pas pourquoi ces deux jeunes gens se retrouvent affligés de la même sanction. Ajouta le recteur.
-J'y viens, Monsieur le Recteur. Lorsque j'ai voulu punir M. Ducarbai, ses deux amis se sont rebellés et ont suivi leur camarade dans sa colère. Mlle Thiébaud a même été raconter à son père une histoire selon laquelle je l'aurais frappé.
-Niez-vous cet état de fait ?
-Absolument, Monsieur. Jamais de ma carrière je n'ai frappé un élève.
-Il est mentionné dans le dossier que le père de la jeune fille en question est venu vous voir et que l'entrevue à mal tourné. Est-ce exact ?
-Tout à fait. J'ai vainement tenté de lui expliqué qu'il y avait erreur, mais il n'a rien voulu savoir. Ceci dit, je le comprends parfaitement, étant père, je réagirais de la même manière. Mais ceci n'excuse pas le fait qu'il m'ait menacé.
-Je comprends.
-Je tiens tout de même à souligner qu'ils ont eu ce qu'ils recherchaient, j'ai été mis à pieds.
Une mise à pieds ? Non. Cela voulait dire qu'il allait revenir. Ce n'était pas un renvoi ? Alexis se tourna vers Romain qui pu lire dans son regards narquois qu'il savait depuis le début. Il les avait mené en bateau, faisant semblant de s'énerver...
-Merci, monsieur Radou. Je voudrais maintenant entendre monsieur Ducarbai. Demanda le recteur.
Romain tenta de rassembler ses esprits et de ravaler la peur qui montait dans sa gorge. Il savait que son avenir et celui de ses amis au sein du lycée tenait à ses paroles. Il mit de côté la boule qui pesait au creux de son estomac et commença à parler.
-Ce jour là, je ne suis pas entré en salle en colère. Il est vrai que cela m'est arrivé une fois, mais pas ce jour là...
-M. Ducarbai, le coupa le recteur. Je ne vous demande pas de contredire vous professeur mais de me donner votre version du cours.
-Veuillez m'excuser.
Et voilà ! Déjà un mauvais point, ça commençait bien...
-Il n'y a aucun mal, vous cherchez à vous défendre face à une accusation, c'est tout à fait normal.
-Je suis donc entré en salle, un peu en avance...
Romain raconta ainsi, avec exactitude, l'intégralité du cours, répétant les paroles de Radou telles qu'elles eurent été prononcées.
Manu confirma l'ensemble de son discours et Céline expliqua en long et en large l'entrevue entre son père et son professeur.
Le recteur demanda ensuite quelques instants de concertation avec Tookey et Ladrat avant d'annoncer leur verdict. Il ne garda aucun suspense.
-Nous avons décidé, en la personne de Mme Ladrat, professeur de français, M. Tookey, proviseur du lycée et moi-même ; M. Domanget, recteur de l'académie, en ce qui concerne Mlle Thiébaud, M. Chapy et M. Ducarbai, élèves de secondes, d'abandonner toutes accusations. Pour M. Radou, professeur d'allemand, nous avons décidé de suspendre la mise à pieds, en faveur d'un renvoi définitif ainsi que d'une interdiction formelle d'exercer la profession d'enseignant dans quelconque académie que ce soit. Enfin, M. Crenais, élève de seconde recevra un avertissement disciplinaire pour avoir menti lors d'un conseil. Ce conseil est terminé.
Radou regarda autour de lui. Il parcouru toutes les personnes présentes dans l'assemblée, passant tour à tour sur Ladrat, Tookey et le recteur.
-Non ! Fit-il. Vous ne pouvez pas me renvoyer !
Il y eut un silence dans la salle.
-Je vous en prie... Brigitte ? Pas à cause de cette histoire ?
-En réalité, Hervé, ce qui a fait pencher la balance est ceci...
Elle lui tendit un paquet de feuilles entourées de papier rouge qu'il prit et lut.
-Ce sont les témoignages de plusieurs élèves que vous avez ou avez eu et qui vous décrivent comme un pervers. Parait-il que vous prenez un malin plaisir à faire de l'abus de pouvoir. Nous ne pouvons tolérer cela...
-Et je refuse, reprit le recteur, de fermer les yeux face à un homme tel que vous. Je peux vous assurer que votre carrière est finie.
-Tout ceci n'est qu'un tissu de... MENSONGES ! Vous ne POUVEZ pas... Vous n'avez pas le droit de me virer comme ça !
-C'est pourtant chose faite.
-Vous n'allez quand même pas croire ces jeunes ? Ils feraient n'importe quoi pour me voir renvoyé. Ils mentent ! Ils mentent ! Ils MENTENT !
-Gardez votre calme, s'il vous plait !
-C'est impossible ! Après 25 ans d'enseignement, vous me renvoyez à causes de cette bande de petits cons. Ca ne se passera pas comme ça ! Vous entendrez parler de moi ! Je refuse de vous laisser faire !
-Vos menaces ne changeront rien, Hervé.
-Et vous... Fit-il en se tournant vers Romain. Je vous jure que vous me le paierez ! Oh ! Oui ! Vous me le paierez.
-Mais, ce n'est pas notre faute, monsieur. Répondit Romain.
-C'est vrai, renchérit Céline. C'est vous qui avez convoqué ce conseil...
Radou sortit en trombe de la salle. Il se retourna dans l'encadrement de la porte et dit, froidement :
-J'espère que vous êtes fier de vous, Ducarbai. Une fois de plus, vous et vos amis avez réussi à avoir ce que vous souhaitiez. Mais vous savez, tous les professeurs ne tomberont pas amoureux de vous, et le jour où votre chance vous abandonnera, le réveil sera brutal.
Puis il disparut dans le couloir, fulminant.
Alexis, blanc comme un linge, regarda autour de lui, digérant l'affront et la nouvelle de son avertissement.
Romain, Céline et Manu rentrèrent chez eux, accompagnés de leurs parents, attendant de pouvoir tout raconter le lundi suivant.
-Alors ? Fit la mère de Romain une fois chez eux. Heureux de ta matinée ?
-Et comment ! On a réussit à virer un pervers. Le lycée est plus propre maintenant.
Il sourit à ses parents.
-Par contre il faut que j'aille voir quelqu'un cet après-midi. Je connais une personne qui a besoin de moi...
FIN
2008
A suivre...