Le renvoi
-Tu n'es qu'un connard, Romain. Un vrai connard.
-Et toi une pute, mais je fais pas chier le monde avec ça...
Alicia leva la main et assena une baffe qui claqua dans tout le couloir, à tel point que tout le monde se retourna et vit Romain, la tête de côté, et Alicia, le visage rougie de colère.
-Tu ne peux pas comprendre...
Et elle partit sur ces mots, sous les ricanements des élèves.
Cela faisait un mois que Romain avait surpris Alicia et que la rumeur circulait au lycée. Un mois déjà. Le temps était devenu froid et sombre. La nuit tombait de plus en plus tôt, et Romain regrettait d'arriver le matin et de repartir le soir avec la nuit. Mais une pensée lui réchauffait le c½ur : les vacances de noël. Il ne lui restait qu'une semaine à patienter et lui et ses amis seraient libres pendant deux semaines.
Romain retourna vers Manu.
-Et ben ! Qu'est-ce qu'elle t'a mit...
-Rhô, ça va ! J'ai pas envi d'en parler, Manu. Je suis plutôt troublé. Elle ne cesse d'agir comme si quelque chose de grave se passait chez elle. Je me demande si c'est à cause de son gars.
-Arrête de te prendre la tête avec ça, vieux. Pour moi c'est une salope, elle s'est jouée de toi.
-Manu ! C'est toi qui dis ça ? Et bien !
-Oui, je suis un fervent défenseur de la gente féminine mais quand il faut admettre la vérité, je n'hésite pas...
Mais Romain était bien loin de se douter de se qui se tramait chez Alicia.
Ils allèrent dans leur salle pour le cours suivant. En chemin, Romain regarda dans le coin du couloir. Une fille était accroupie et pleurait. Il la reconnut rapidement comme étant Alicia.
-Manu, va en cours sans moi, je te rejoins.
-Mais on a allemand là, tu devrait pas trop arriver en retard.
-Ecoute, certaine chose sont plus importante que Radou.
Romain ne lui avait pas encore raconté sa mésaventure avec le prof. Comment il lui avait promis un conseil disciplinaire digne de ce nom. Un de ceux qui restent à jamais dans les archives.
Il se dirigea vers Alicia.
-Alicia ? interpella-t-il.
Elle ne répondit pas, se mettant à pleurer de plus bel.
-Réponds-moi, s'il te plait.
-Va te faire mettre ! Tu m'as déjà brisé la vie, alors ne vient pas en plus me voir pour que tout le monde puisse admirer la façon avec laquelle tu continue à me faire du mal. Arrête de t'afficher en vainqueur face à moi.
-Non, ce n'est pas ça. Je veux juste savoir si tout va bien...
Une sonnerie retentit au dessus d'eux et la masse d'élèves évacua le couloir pour entrer en salle.
-Je sais, ma question est conne. Evidemment que ça ne vas pas.
-En plus t'es un comique, Romain ! Va-t-en, je t'en prie.
-Raconte-moi ! Pourquoi tu fais ça ? Suis-je le premier ? Réponds à mes questions. C'est vrai que je n'aurais pas dû faire circuler une rumeur pareille, mais j'ai été profondément blessé.
-Tu veux tout savoir ? Tu veux que je te raconte ma vie ? Pour quoi faire ? Faire semblant de t'y intéresser, de comprendre ? Ou seulement pour avoir d'autres arguments dans ta course à l'humiliation ?
-Non, Alicia. Je veux vraiment savoir ! Je veux t'aider.
-Très bien ! Non, tu n'es pas le seul. Il y en a eu deux avant toi, et ils n'ont pas réagi comme toi ! Ils ont cassé la gueule d'Arthur mais n'ont pas propagé de saloperie sur ma gueule ! Maintenant tu veux m'aider ? Très bien ! Dégage !
Elle se releva, tourna ses yeux emplis de larmes vers Romain pour la première fois depuis le début de leur entretient. Ils étaient rougis par la tristesse et cernés par le maquillage noir qui coulait. Romain se surprit à se prendre de pitié pour elle, comme on prend un animal blessé en pitié. Il se surprit même à regretter son acte. Mais, après tout, se dit-il, elle venait de l'envoyé paitre. Elle ne voulait pas de son aide, peut-être méritait-elle ce sort. Surtout qu'il était le troisième à subir ça.
Il se dirigea vers la salle d'allemand, où il savait que Radou ne se gênerait pas pour lui faire remarquer son retard de la façon la plus odieuse qui soit.
Il arriva devant sa salle, dont la porte était encore ouverte. Il fit un temps d'arrêt avant d'apparaître dans l'encadrement de la porte, se préparant au pire.
Il toqua à la porte, formula un semblant d'excuses inarticulées et gagna sa place entre Manu et Céline.
-Ben alors, qu'est-ce qui t'as retenu ? chuchota Manu.
La voix de Radou s'éleva une fois qu'il eut fermé la porte.
-Mon cher Ducarbai ! Mon très cher Ducarbai ! Encore une fois vous brillez par un coup d'éclat ! Savez-cous que mon cours a commencé il y a de cela cinq minutes ?
Romain garda le silence. Il se concentré pour ne pas s'énerver, pour penser à tout autre chose, ne pas l'écouter, ne pas se mettre en colère, surtout pas, c'est ce que ce vieux chauve recherchait, un prétexte pour encore lui en faire bavé.
-La moindre des politesses, hormis le fait de me répondre, serait quand même de me regarder, non ?
Romain ne leva pas les yeux.
-Non seulement vous vous permettez d'entrer ici quand bon vous semble, mais vous ne prenez même pas la peine de me regarder. REGARDEZ-MOI !
Romain venait de gagner, il était calme et le vieux enragé.
-Ducarbai, vous ne valez rien. Vous n'êtes pas foutu d'arriver à l'heure, vous adorez vous faire remarquer, faire votre intéressant, vous brillez par votre inculture dans mes cours, et pour couronner le tout, vous êtes incapable de vous entiché d'une fille qui vous aime, et n'aime que vous ! Les rumeurs parcourent aussi la salle des profs vous savez. Ce n'est pas très malin de montrer votre erreur comme cela. Vous n'êtes rien !
-C'est fini ? demanda Romain.
Le rictus du visage de Radou se transforma en une marque de profond dégout.
-Ce sera terminé lorsque je n'aurais plus rien à vous dire.
Romain se leva et fit fasse à son prof.
-Vous osez vous rebeller, ma parole ! Mon pauvre ami, vous ne brillez que par votre bêtise. Parlons un peu de vos résultats...
Romain sentit le rouge lui monter aux joues. Il se mit à serrer les poings. Jusque là il avait réussit à se contenir mais là, s'en était trop. Il ouvrit la bouche pour interrompre son interlocuteur mais ce n'est pas sa voix qui claqua dans la salle mais celle de Manu.
-Ca suffit maintenant ! cria-t-il. Cela vous amuse-t-il de faire souffrir les gens. Vous vous sentez plus fort, c'est bien cela ? Vous avez besoin de votre dose d'atrocité par jour ? Et cette année vous avez jeté votre haine sur Romain. A chaque cours on a droit à vos réflexions sur lui !
-Mais regardez-moi ça... Ducarbai et Chapy, rien l'un sans l'autre... Vous allez vous attirez de graves ennuis, mon garçon ! De très graves ennuis ! Vous m'apporterez, ainsi que votre comparse, votre carnet de liaison.
-Ah ! Ca vous aimez ! Utiliser votre statut pour nous rabaisser ! Vous vous sentait surement très puissants !
-IL SUFFIT ! hurla Radou.
-C'est de l'abus de pouvoir ! protesta à son tour Céline.
-Je ne pourrais en supporter d'avantage ! Grâce à vous et à vos... Amis, Ducarbai, nous venons de perdre la moitié de ce cours. Vous l'aurez voulu !
Il se leva et se dirigea en trombe sur les trois lycéens.
-Donnez vos carnets !
Céline le regarda et hurla qu'elle refusait. Radou se rua sur elle et Romain n'eut que le temps d'entendre un bruit sec avant de comprendre ce qu'il venait de sa passer. Il repoussa sa table et attrapa le bras de son prof tandis qu'il préparait un nouveau coup.
-Vous êtes... Renvoyés... Tous les trois... souffla Radou, comme à bout de souffle. Maintenant sortez !
Ils s'exécutèrent !
Ils descendirent les étages et entrèrent dans le hall où ils réussirent à trouver une table et des chaises pour s'installer. Romain balança un coup de pieds à la chaise la plus proche qui recula en frottant le sol carrelé, émettant ainsi un bruit qui eu le don se faire retourner chaque élève présent dans le hall, sourcils froncés et air réprobateur.
-Qu'est-ce qu'il voulait dire par « renvoyés » ? demanda Céline, hésitante. C'était « renvoyés » du cours, n'est-ce pas ?
-Si tu veux mon avis, j'en doute fort ! ce type n'est qu'un enfoiré, et il fait tout pour me rendre la vie difficile ici ! Tant que vous traînerez avec moi, vous allez en prendre plein la tête !
-Mais ce n'est pas pour ça qu'on va te lâcher, Romain, bien au contraire !
-Mais quand même, fit Céline. On vient d'être renvoyé ! Vous croyez qu'il nous a mis combien ?
-Il ne peut pas monté jusqu'à trois, ni deux en fait ! Sauf bien sur s'il ment sur le rapport... la rassura Manu. Mais on a plein de témoin pour assurer notre défense.
-Sauf si un seul des élèves de la classe corrobore sa version, auquel cas nous sommes dans la merde...
Ils se regardèrent tous et lâchèrent en même temps un même nom : Alexis.
Bien sûr ! Alexis ne pouvant pas les saquer allait se faire un malin plaisir à les enfoncer. Mais comment faire pour l'en empêcher ? Surtout qu'il ne serait pas le seul, son fan club allait forcément approuvé ses propos...
-On est vraiment dans la merde ! lança Romain. Désolé de vous avoir entraîné là dedans. En plus il t'a frappé, ajouta-t-il à l'adresse de Céline dont la joue était rouge.
-T'inquiète pas pour ça, je saurais me venger. Je connais un homme qui meurt d'envie de le rencontrer. Il est grand et assez impressionnant je dois dire... rétorqua-t-elle, un sourire naissant à la commissure de ses lèvres.
Romain et Manu la regardèrent intrigués.
-Mon père ! Quand je vais lui raconter ce cours, rien ne le retiendra. Voila de quelle façon nous allons supprimer notre renvoi... Et là-dessus, même l'autre bêta ne bronchera pas.
-Tu es perfide !
-Merci...
Puis ils éclatèrent de rire. Un rire qui se répercuta en échos dans les couloirs du lycée.
Il ne fallut pas longtemps au père de Céline pour demander un entretient avec Radou, et d'après l'expression sur le visage de ce dernier lorsqu'il apprit la nouvelle, les trois compères surent qu'il avait quelque chose à cacher.
L'entretient ne dura pas deux heures. M. Thiébaud entra dans la pièce, précédé de sa fille, et ferma la porte. Il s'assit en face d'un petit homme chauve qui lui tendait la main. Main qu'il considéra comme si elle avait était un objet repoussant et ne la serra pas. Radou s'assit à son tour et rabaissa sa main, sachant à présent ce qui l'attendait.
-Bonsoir. Entama-t-il.
-Vous avez posé votre main sur ma fille ?
Radou déglutit, visiblement il n'en menait pas large.
-C'est à cause de ce garçon, Romain Ducarbai, il s'est mutiné et les autres l'ont suivit...
-Et cela vous autorise-t-il à porter la main sur ma fille ?
-Mais, vous comprenez...
-Je comprends une chose, c'est que vous êtes un sale con qui aime à user de sa supériorité. Mais je vous préviens, au prochain agissement similaire, je reviendrais, et ce ne sera pas votre statut qui m'empêchera de vous montrer la mienne de supériorité.
Il se leva et se dirigea vers la porte qu'il ouvrit. Puis, avant de franchir le seuil, il se retourna et lança au prof :
-Et en ce qui concerne Romain, je le connais bien. Très bien même. Ma fille et lui son ami depuis toujours, nous sommes voisins. Je connais aussi très bien ses parents et je vais les tenir au courant de notre petite entrevue. Et il va sans dire que c'est le même avertissement pour lui...
Puis il sortit. Céline le suivit, sourire aux lèvres, sous le regard assassin de son prof d'allemand...
Romain était chez lui, il aidait sa mère à éplucher des légumes pour le repas quand le téléphone sonna.
-C'est pour toi, fit sa mère en lui tendant le combiné.
Céline lui raconta l'entretient. Romain raccrocha, heureux de la nouvelle, pensant qu'enfin le chauve allait le laisser en paix.
-Une bonne nouvelle ? demanda sa mère.
-Excellente !
FIN
2007
A suivre...